Homélie Noël 2015

Régulièrement, des personnes me font part de leur difficulté à croire à la naissance virginale de Jésus. Je sais que de nombreux chrétiens éprouvent une certaine difficulté à comprendre que cela soit possible ; même avec la foi. Pour ma part, je proclame le Credo de l’Eglise : « par l’Esprit-Saint, le Fils unique a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme » ; et cela ne m’empêche pas de continuer à m’interroger sur cette conception.

A ceux qui s’interrogent, je suggère d’abord de lire d’une traite l’évangile de Marc, parce qu’il est court, et parce qu’il ne parle pas de la naissance de Jésus : pourtant toute la démarche de cet Evangile concerne la personnalité étonnante de Jésus : « qui est-il donc pour avoir une telle originalité ? »(par ex. Marc, 7,37 ; 8,27). Et à la fin de cet évangile de Marc, c’est le centurion romain, au pied de la Croix où Jésus meurt en donnant son pardon, c’est le centurion romain qui entr’ouvre l’énigme : « Oui, vraiment, cet homme était le Fils de Dieu » (Marc 13,39).

Ni saint Marc, ni saint Paul, ni saint Jean ne racontent la naissance de Jésus. L’apôtre Paul mentionne simplement (Ga 4,4),et une seule fois, que Jésus est né d’une femme, et l’évangéliste Jean expose dès le début que la Parole créatrice de Dieu s’est faite chair en Jésus ; j’y reviendrai.

On peut donc connaître Jésus, et croire qu’il est Fils de Dieu, sans rien savoir de sa naissance. Jésus lui-même n’a d’ailleurs jamais parlé de sa naissance. Il n’a jamais dit à ses détracteurs : « allez demander à ma mère ». Jésus ne vient pas partager notre humanité à cause du désir des humains, aussi purs soient-ils, mais Jésus vient partager et sauver notre humanité, totalement et uniquement, à cause du désir de Dieu. Cela change fortement la donne, la manière d’approcher la question.

Dans les récits évangéliques, la question n’est pas sur le fait que Jésus est le fils de Joseph et de Marie : cela n’est contesté par personne. La question au 1°siècle, en Palestine, est : « Jésus est-il vraiment le Messie de Dieu ? Pourquoi Jésus se comporte-t-il de façon inattendue, d’une manière différente de ce que les juifs
attendaient ? »

Pour continuer notre réflexion sur la naissance de Jésus, ou plus largement sur son origine, regardons comment l’Eglise nous enseigne par sa liturgie. Officiellement, il y a toujours une messe de la nuit, une messe de l’aurore, et une messe du jour ; il faut au moins deux évangiles pour entr’ouvrir le mystère de l’origine de Jésus ! L’Evangile du jour de Noël, c’est le début de l’évangile de Jean : « Au commencement était le Verbe. En lui était la vie ; tout est venu à l’existence grâce à Lui …Il est venu chez les siens : il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu…( c’est de nous qu’il s’agit, de tous les hommes ; je continue la lecture de Jean dans son Prologue…) Ils ne sont pas nés du sang ni d’une volonté charnelle, ils sont nés de Dieu ». Autrement dit, ce ne sont pas les hommes qui ont engendré le Fils de Dieu, mais le Verbe qui s’est fait chair et qui nous engendre en Dieu…Nous sommes nés de Dieu. Nous sommes nés de Dieu si nous croyons à la Parole de Dieu, le Christ.

Donc Noël, c’est déjà notre naissance (qui sera accomplie par la Paque du Christ).
Nous ne sommes pas nés pour être fils et filles de M. Justin et de Madame Justine ; notre vie ne trouve pas sens par notre origine, mais par notre fin, notre but, notre objectif, l’objectif que Dieu nous propose.
Nous sommes nés pour devenir fils de Dieu, et le chemin le plus sûr, c’est Jésus.
Jésus nait à Noël, mais le Fils de Dieu existe bien avant ;
Né de la nature humaine à Noël, il est né en Dieu de toute éternité.
Le pape François nous le répète à satiété : c’est en nous efforçant de nous rapprocher des gens, de nos frères, en particulier ceux qui sont dans la précarité et la souffrance, que nous avons le plus de chance de découvrir l’intention de Dieu, de naître de Dieu.
Nous sommes nés pour devenir enfants de Dieu, et le chemin le plus sûr, c’est Jésus.
                                                                                                     Père Christian Ponson